Hainaut Tourisme numéro164 - juin 1974
| 1. La descente de la
châsse. Jamais autant qu'à Mons le profane et le sacré n'ont été si étroitement unis. Pour vous en convaincre,venez à Mons un jour de ducasse et vous constaterez que les distinctions cartésiennes et dualistes sont battues en brèche par un authentique folklore toujours vivace. Arrivez la veille, si possible, pour assister à la descente de la châsse qui se déroule rituellement dans la collégiale Ste-Waudru, le samedi qui suit la Pentecôte, soit la veille de la Trinité. Si la cérémonie actuelle n'a plus le faste de l'ancien régime lorsque les trop riches chanoi.nesses somptueusement parées échangeaient des présents avec leurs officiers à l'issue d'un office solennel chanté en latin, elle s'en inspire néanmoins, dans le cérémonial mis en place en 1962. Sur le coup de vingt heures retentissent les accents d'un vibrant "trumpet voluntary" alternés par les cuivres et l'orgue, tandis qu'au départ de la sacristie s'ébranle le long cortège des petits pages jaunes et noirs de Roland de Lassus précédés des acolytes avec la croix et suivis des chanoinesses au port majestueux dans leur costume du XVilime siècle. Le clergé paré de surplis, de camails ou de chapes brodées ferme la marche. Par le transept et le chœur, les figurants passent saluer la croix du maître-autel et inviter les personnali~ tés civiles présentes à les accompagner au c!1evet par le déambulatoire nord, pour assister à la descente de la châsse de « Madame sainte Waudru » qui surplombe le maîtreautel. Un vénérable mécanisme de câbles, de poulies et de treuils actionnés au-dessus de la voûte fait descendre lentement le plateau suspendu qui soutient la châsse dorée, tandis que la chorale et les fidèles reprennent d'antiques hymnes et des litanies en l'honneur de la sainte patronne de Mons. Lorsque la châsse est descendue on la hisse sur un brancard après l'avoir encensée, et huit solides montais la chargent sur leurs épaules. Le reliquaire du Chef (de la tête) qui se trouve habituellement dans la première chapelle du bas-côté sud a été amené dans une chapelle du déambulatoire et monté sur un brancard capitonné. Pour la circonstance, les bourgmestre et échevins renouant avec une coutume médiévale font coiffer le chef d'un « capiel» de roses rouges. Le reliquaire s'insère alors dans le cortège, devant la châsse et les précieuses reliques sont solennellement acheminées vers leur reposoir d'apparat, le Chef dans le chœur et la châsse dans le transept. Après un dernier encensement et le chant de l'oraison, chacun regagne sa place pour écouter le panégyrique de sainte Waudru lu par Monsieur le Doyen. Suit alors un petit concert spirituel composé de musique instrumentale ou de motets polyphoniques. La cérémonie s'achève par une adresse à l'autorité communale reprise des annales de Vinchant (+ 1635) dans laquelle les chanoinesses confiaient naguère leur châsse et leur reliquaire à la bonne garde du Magistrat et à la vigilance du Prévôt. Cette requête dont le style initial était plutôt comminatoire a été quelque peu édulcorée dans un dialogue qui se noue aujourd'hui entre le Doyen et le Mayeur de Mons: «Chers Messieurs, voici, nous avons procédé à la descente du corps saint de Madame sainte Waudru, et avons intention de le processionner en la cité, pourvu que vous promettiez icimême d'en assurer la protection, afin qu'aucun mal ou inconvénient lui advienne dedans ou dehors la collégiale, mais veillerez à ce que sain et sauf, il soit remis et rapporté en ce lieu-ci, dont il est à présent remis et confié à votre loi et pouvoir ... » Le Bourgmestre répond: « Monsieur le Doyen, nous avons répondu à votre invitation et avons bien entendu et ouï ce qu'il vous a plu de nous proposer, et nous acceptons volontiers d'assurer la garde du corps saint de Madame sainte Waudru; et depuis qu'il sera hors de cette église, jusqu'à ce que rentré y sera, nous ferons notre loyal pouvoir de l'aider et garder sans coût ni frais, pour qu'il ne coure aucun danger ni péril en cette ville. » Aussitôt après retentit l'air entraînant du «Doudou» que module le grand orgue avec de nombreuses variations. Puis au son des trompettes, le cortège des acolytes, des pages de Roland de Lassus et des chanoinesses, regagne la sacristie par l'allée centrale tandis que le clergé-salue et congratule les autorités communales, les fabriciens, les.nombreuses personnalités locales et autres "chanbourlettes" (invités) qui sortent par le grand portail. Ce soir-là, le cloisonnement entre les hommes de conceptions philosophiques ou religieuses, politiques ou sociales a disparu, il n'y a plus que des montois qui célèbrent dans la liesse la même "ducasse"et boivent ensemble le vin pétillant de la même fête. |
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2. La procession du car d'or. Les processions en l'honneur de sainte Waudru remontent très loin dans l'histoire de Mons. Décédée en 688, la compagne de Madelgaire (St- 1 Vincent de Soignies) ne tarda pas à être vénérée comme sainte. Un culte se développa autour de sa sépulture, qui amena l'exaltation des reliques 1 trois ans après sa mort. La canonisation populaire fut confirmée en 1039. Dès ce moment sans doute, commencèrent les processions en l'honneur de sainte Waudru. La fondation du Chapitre Noble contribua au maintien et au développement du culte local. Les chanoinesses multiplièrent les processions autant pour honorer leur sainte fondatrice que pour affirmer leurs droits et privilèges. En implorant sa protection, elles précisaient aussi les limites de leurs domaines. Nous avons peu d'informations sur les processions antérieures au 14me siècle. On sait seulement qu'au début du 11 me siècle, eut lieu une procession des reliques de Ste-Waudru, à Quaregnon, sous le règne de Régnier IV, à propos d'une réconciliation des habitants de Mons avec ceux d'Hornu. Gislebert, dans sa chronique du Hainaut, détaille les prestations auxquelles étaient astreints les chanoines de saint Germain, desservants du Chapitre. En plus des offices religieux, il signale des processions liturgiques. On peut penser que des processions en l'honneur de Ste~Waudru, figuraient également parmi leurs obligations .. En 1250, la séparation de la tête et du corps de Ste-Waudru, déposés dans des reliquaires différents (celui du Chef, fut offert, par Marguerite de Constantinople), favorisa indéniablement la procession des reliques. Au début du 14me siècle (1305), les comptes du Chapitre, font déjà allusion à un «kar» qui sert à la « pourcession de la fierte (châsse)) de Ste-Waudru. Mais, c'est surtout la peste de 1349 (dont le. chroniqueur Jehan Froissart rapporte, avec quelque exagération, qu'elle décima le tiers de la population), qui est à l'origine de notre procession actuelle. Pour obtenir la cessation du fléau, les autorités religieuses décidèrent d'implorer la miséricorde et l'assistance des saints protecteurs de la cité. Le 7 octobre 1349, le clergé et la population de Mons partirent en procession avec les reliques de Ste-Waudru, vers les bruyères de Casteau, tandis que les Sonégiens les rejoignaient avec le corps de St-Vincent. On plaça les deux châsses sous un pavillon dressé près d'une croix, et le Doyen du Chapitre de Soignies, Etienne Malion célébra la messe en l'honneur de la Sainte Trinité. Huit jours durant les corps saints demeurèrent associés et exposés à la vénération populaire. Le mal cessa et la reconnaissance des protégés et des survivants s'exprima dans une procession annuelle d'abord fixée au premier dimanche d'octobre. En raison des caprices de l'automne, on la transféra bientôt au dimanche de la Trinité (1352). Sitôt après l'office matinal des chanoinesses, soit vers 5 h, on se mettait en route. Sorti par la rue des Soeurs grises, et à la porte du Rivage, le cortège longeait les remparts pour gagner la chaussée de Ghlin, le Faubourg St Lazare et la route de Nimy. Dès 1354, le parcours fut jalonné par cinq croix de pierre devant lesquelles on faisait station, le temps de souffler et d'écouter la lecture d'un miracle. La première croix était plantée près de la porte du Parc. La seconde se trouvait aux bruyères de Casteau. La troisième, près du vivier des apôtres (à l'emplacement approximatifde l'Hôpital St-Georges actuel). La quatrième se dressait sur la Grosse Place (devenue Croix-Place pour cette raison). La cinquième se situait quelque part en bas de la rue des Soeurs grises, à quelques pas du béguinage· de Cantimpret. En 1526, à la demande des habitants du quartier, on en plaça une sixième en bas de la rue des Sars. Une fraction considérable de la population participait à la procession: les écoliers de la Grande Aumône et de l'Ecole au surplis, les orphelins, le clergé des paroisses, les couvents d'hommes, les guildes et confréries artisanales, les compagnies bourgeoises, les fonctionnaires du Chapitre. Les chanoinesses précédées de la Dame bâtonnière conduite par le grand Bailli du Chapitre ou quelque autre seigneur, accompagnaient le car chargé de la châsse et du reliquaire renfermant le chef, et que tiraient six chevaux caparaçonnés. Venait ensuite le Magistrat, les confrères de St-Georges, St-Georges à cheval et le dragon du Lumeçon. Les autres confréries militaires de St-Laurent, de Ste-Christine et de StMichel avec leurs mousquets clôturaient le cortège. A l'origine, le lumeçon semble s'être déroulé au sein même de la procession, Saint Georges terrassant le dragon au cours du cortège après quelques soubresauts spectaculaires de la bête. Pour des raisons encore mal connues, le combat fut dissocié de la procession et se déroula sur la place, à l'issue de celle-ci. Cette rupture peut être située dans la seconde moitié du XVIIme siècle. Le jansénisme n'est peut-être pas étranger à cette séparation. On a des descriptions assez précises des nombreux groupes qui constituaient la procession, et de leur ordonnance, principalement au 1 re et au 1sme siècles, mais il serait fastidieux d'en énumérer le détail. Les bannières, statues et reliquaires de nombreux saints étaient portés par les artisans ou les religieux qui les vénéraient comme patrons ou comme protecteurs. Il semble qu'initialement le grand tour hors-ville de la procession se limitait aux reliques de Ste-Waudru traînées sur un char qu'accompagnaient une escorte de musiciens rétribués, en plus des corps constitués précédés de leurs gonfalons ou de leurs bannières. Sur les différents cars qui servirent à convoyer la châsse de Ste-Waudru, nous possédons quelques comptes fragmentaires qui permettent toutefois de se faire une idée de ce qu'ont été les quatre ou cinq véhicules qui précédèrent notre Car d'or actuel renouvelé en 1780 par les sculpteurs MIDAVAINE et GHIENNE. Les premiers cars n'avaient certainement pas l'élégance ni la somptuosité de notre carrosse Louis XVI. C'étaient probablement de simples charrettes que l'on décorait pour la circonstance. Revêtus d'un dais garni de tissus et cantonné d'anges polychromes aux ailes de cuivre, ces cars étaient rafraîchis chaque année. Certains comptes du Chapitre indiquent quelles améliorations on apportait chaque fois à l'apparat du char et de son équipage. Les cars antérieurs possédaient des barres et des poignées auxquelles se cramponnaient les chanoinesses car le tour était long et dépassait les vingt kilomètres. Ces demoiselles dont l'âge oscillait entre moins de 7 ans et plus de 70 ans estimaient le parcours très fatigant, malgré les arrêts et les reposoirs reconstituants qui étaient prévus. Elles voulurent parfois écourter l'itinéraire, ce qui poussa le ~uré du Béguinage, Gérard Buseau à trousser en 1674, un couplet moqueur passé dans la chanson du Doudou: Les dames du Chapitre N'auront pas du gambon Parce qu'ell's n'ont. pas fait El tour d'el procession Il était de coutûme en effet qu'une collation fut servie aux participants de la procession avant la rentrée en ville. A hauteur du chemin de la procession actuel, était dressé un buffet où l'on distribuait des petits pains au jambon, de la tarte et quelques gobelets de vin. La tourmente révolutionnaire empêcha les processions religieuses qu'avait déjà voulu réglementer Joseph Il en 1786. La restauration du culte en 1803 rétablit la procession du Car d'Or. Celui-ci, heureusement réchappé du carnage servit de nouveau à transporter les reliques de Ste-Waudru revenues d'Allemagne où elles avaient été mises en sécurité. Les belles châsses et le reliquaire du Chef avaient disparu. On les remplaça provisoirement par des coffres en bois doré, en attendant l'acquisition des nouvelles orfèvreries néogothique~ que nous connaissons: le reliquaire du Chef qui date de 1867 et la châsse confectionnée en 1887. La sortie régulière de la procession fut encore contrariée sous le régime hollandais, mais depuis notre indépendance nationale, elle n'a plus subi d'interruptions notables. Les groupes des différentes paroisses assez minables après la restauration, furent progressivement améliorés et enrichis sous l'impulsion du Chanoine E. Puissant (+ 1934), qui après les fêtes du centenaire en 1930, donna davantage une physionomie de cortège historique à la procession du Car d'or. Son œuvre fut activement poursuivie par Henri Hennebert (+ 1968), et de nos jours l'équipe du Comité de la Procession, s'emploie à maintenir et à développer toujours davantage la qualité de cette procession séculaire en l'honneur de la fondatrice et patronne de Mons. |
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| Voici à titre documentaire l'ordre actuel
des groupes du cortège: 1.Six joueurs de trompette droite. 2.Voiture-radio de la Gendarmerie. 3.Gendarmes à cheval. 4.Blason de la Ville de Mons. 5. Etendards du Hainaut et des corporations. 6. Le Bedeau de St-Nicolas (Masse de 1772, due à l'orfèvre montois Beghin). 7.Notre-Dame de Mont-Serrat. 8.Joueurs de trompette droite. 9. Confrérie de St-Fiacre, patron des maraîchers. 10.Rallye de Belœil. 11. Confrérie de St-Hubert, patron des bouchers. 12.Joueurs de flûte à bec. 13. Bâteau-reliquaire de St-Julien (orfèvrerie montoise de 1776). 14.Notre-Dame de Bonsecours. 15. Confrérie de la Miséricorde (Beubeux en cagoule noire). 16. Confrér.ie de St-Arnould, patron des brasseurs. 17.Bannière de Ste-Elisabeth. 18.Notre-Dame de Hal. 19.Joueurs de musiques anciennes. 20. Confrérie de St-Eloi (Orfèvres et forgerons). 21. Confrérie de St-Georges. Trois magistrats de la Ville. Dragon et porteurs. 22. Blason du Chapitre noble de SteWaudru. 23. Reliquaire de Sainte Aye (18me siècle). 24. Buste-Reliquaire de Saint Donat (18me siècle). 25. Buste-Reliquaire de Saint Macaire (17me siècle). 26. Reliquaire de Saint Macaire (17me siècle). 27.Joueurs de musiques anciennes. 28. Notre-Dame de Tongre (17me siècle). 29. Notre-Dame du Rosaire (17me siècle). 30. Notre-Dame d'Alsemberg (17me siècle). 31. Notre-Dame du Moulineau (17me siècle). 32.Joueurs de fifres et tambours. 33. Chanoinesses de Ste-Waudru en costume du 16me siècle. 34. La Dame-bâtonnière et le grand Bailli du Hainaut. 35.La famille de Sainte Waudru. 36. Reliquaire du Chef de Sainte Waudru, œuvre néo-gothique en cuivre doré (1867). 37. Sainte Aldegonde avec ses nièces et les Chanoinesses de Maubeuge. 38.Les pages de Roland de Lassus. 39.Groupe de musiciens en toge. 40.Chorale féminine. 41. Dames nobles du Comté de Hainaut. 42. Chanoinesses de Ste-Waudru, en costume du 18me siècle. 43.Porteurs de reliquaires anciens. 44. Six joueurs de trompette thébaine. 45.Le timbalier à cheval. 46.Saint Georges et sa suite. 47.L'escorte du Car d'Or. 48. Le Car d'Or (1780) avec la Châsse de sainte Waudru en cuivre doré (1887). 49.Les hallebardiers. 50. Clergé, Fabriciens, Personnalités montoises et fidèles. |
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