Tiré de "L'illustration Européenne" - 16 juin 1889

Journal International de la famille

19 ième année - numéro 37

rue des Longs-Chariots, 44, Bruxelles

La fête communale ou kermesse de Mons
doit son origine à la procession qui se faisait, dans
le principe, le jour de l'Ascension, et qui fut
transférée au jour de la Trinité, en 1349. Cette
procession a toujours attiré une foule d'étrangers.
(La procession, cette année, fait sa sortie le 16 juin).
Les uns suivent le cortège par pure dévotion; les autres
sont attirés par le goût du plaisir.

L'objet qui a toujours excité l'admiration de
la foule à la procession de Lons est le char
somptueux qui sert à voiturer les reliques de
sainte Waudru, patronne de la ville. Son origine
remonte  à l'époque où les peuples de la
Gaule promenaient leurs divinités sur des chars.
Le christianisme a subsisté aux idoles du
paganisme des reliques ou des images des saints.

Le plus ancien compte que l'on possède encore
du chapitre noble de Mons, des années
1342-1343, fait mention du Kar medam Sainte
Waudru et de son attelage.

Le char actuel, dont nous publions le dessin,
est l'oeuvre de Claude-Joseph De Bettignies, à
la fois sculpteur et architecte très distingué,
auquel la ville de Mons a donné le jour. Ce char
est construit dans la forme des carrosses d'
apparat de la cour de Louis XIV; la caisse, en
forme de nacelle, est entièrement découverte,
ornée d'écussons sculptés et entourée d'anges.
La solidité du train est déguisée sous de riches
ornements.

Le Card'Or, comme on l'appelle, ne peut
être trainé sans danger, dit-on, que par les
chevaux des brasseurs de Mons, dont sainte
Waudru a toujours été considérée comme la
protectrice. Les reliques de la sainte sont
déposées dans deux châsses, l'une contenant
le corps et l'autre le chef. Un prêtre assis
sur le devant du char raconte les miracles de la
patronne à quatre endroits de la ville, ornées
de peintures représenant la sainte et ses filles.

A l'issue de la procession, a lieu sur la Grand'-
Place le fameux combat dit Lumeçon, qui n'est
autre chose que le triomphe de saint Georges
sur le dragon.

Saint Georges était le patron de la magistrature
de Mons, de même que saint Michel l'était de
celle de Bruxelles. Sa lutte contre le dragon
représente le triomphe de la religion chrétienne
sur l'didolâtrie.

En 1830, Guillaume de Bavière, fils d'Albert,
comte de Hainaut, institua à Mons une
confrérie sous l'invocation de saint Georges,
patron de la chevalerie. Cettre confrérie fût
très célèbre; elle se composait de l'élite
de la noblesse, des échevins et des membres
du conseil de la Ville de Mons. Sa chapelle,
contiguë à l'Hotel de Ville, existe encore.
C'est en face de cette chapelle que, chaque
année, saint Georges, le dragon et leur suite
viennent faire le lumeçon.

Saint Georges, à cheval, porte le costume d'un
chevalier; il était autrefois précédé de la
statue de la Vierge Marie. Les comptes de
l'ancienne confrérie font voir que le dragon
était conduite par une jeune fille, la pucelle.
On lui adjoignit plus tard des diables et des
hommes sauvages, tandis que saint Georges eut
pour aides les courageux chinchins, dont le
nom rpovient du bruit des nombreux grelots
qui entourent le col de leurs petits chevaux.

Avant de finir, nous donnerons les paroles du
chant populaire du Doudou, qui exprime
l'admiration des Montois pour l'antique
solennité que nous venons de rappeler :

Nous irons vir l'Car d'Or
Al procession de Mons;
Ce s'ra l'poupée sao,t Georg'
qui nous suivra de long;
C'est l'Doudou, c'est l'mama,
C'est l'poupée, poupée, poupée;
C'est l'Doudou, c'est l'mama,
C'est l'poupée saint Georg' qui va.

L'air du Doudou était celui de la marche
guérière des anciennes milices de Mons;
il s'est fait entendre au pied des pyramides
d'Egypte; en Espagne, etc. Tout Montois se
sent électrisé quand il entend cet air chéri
du pays natal. On a vu de vieux braves,
comme le général Duvivier, pleurer de joie
à l'audition du Doudou.


.


© 2009 Jef - www.unedernierepourlaroute.com Contactez-moi